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Histoire des Mines de Meurchin

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Monographie d'Histoire locale de Monsieur Serge Picavet.

La région des charbons maigres, quart-gras et demi-gras repose directement sur le calcaire carbonifère, bord septentrional de la cuvette "houillère" et n'est limitée au midi que par la faille "Reumaux". Elle s'étend ainsi sur près de la moitié du bassin. Malheureusement, sa richesse et son exploitabilité sont loin de correspondre à cette étendue. La moitié septentrionale présente, dans les concessions d'Ostricourt, de Courrières, de Carvin, de Meurchin, de Lens, de Grenay, de Noeux et de Vendin, des faisceaux de veines de 9 à 14% de matières volatiles, d'allure générale assez souvent régulière, mais dont la structure est fréquemment troublée par des étreintes qui les amincissent et les étranglent et leur donne la forme dite en "chapelet". Il n'est pas rare non plus que le gisement soit accidenté par de nombreux "crains". L'exploitation n'y est donc dans l'ensemble que médiocrement rémunératrice et ne devient avantageuse que dans les parties les mieux réglées. Le gisement des fosses 2 et 3 de Carvin et celui des fosses 3 et 4 de Meurchin étaient à ce point de vue exceptionnellement favorables.

Le 16 août 1854, une société s'était formée à Béthune, sous la raison sociale Daquin et Cie pour la recherche de la houille : 44 sociétaires. Elle entreprit un sondage à Haverskerques, près de Saint-Venant, n° 350, et y rencontra le calcaire carbonifère à 207 m 75.

Après cet échec, lorsque la compagnie de Courrières, suivant l'exemple de la Cie Douaisienne, eut fait connaître l'existence du terrain houiller au nord des concessions alors instituées, la Société Daquin vint installer un sondage à Meurchin, sur le canal de la Haute-Deûle et trois cents mètres environ au-dessus de la concession de Lens.

Ce sondage n° 177, ouvert à la fin septembre 1856, atteignait le terrain houiller à 118 m 95, et une première veine de houille de 0 m 30, à 119 m 55, le dix décembre de la même année. Une deuxième veine de 0 m 55 fut rencontrée le 22 janvier 1857 à 133 m 01.

En février 1857, la Compagnie Daquin se transformait en société d'Exploitation dont les statuts sont analysés ci-dessous.

  1. Les comparants continuent entre-eux la Société formée par acte du 16 août 1854, sous les modifications apportées par le présent acte.
  2. La Société est civile
  3. Elle a pour objet la continuation des recherches de la houille dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais,  l'obtention d'une concession et son exploitation. Elle prend la dénomination de Houillère de Meurchin.
  4. Les comparants font apport à la Société : d'un matériel de sondage, des travaux de sondage exécutés dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, de leurs droits d'invention etc. ...
  5. Le capital est fixé à trois millions de francs, divisé en 3000 actions de 1000 francs qui seront émises au fur et à mesure des besoins de la Société. Elles sont nominatives ou au porteur, au choix des titulaires.
  6. En compensation de leur apport, les comparants reçoivent 510 actions affranchies de tout versement. En outre il est mis à la disposition du conseil d'administration 15 actions, également libérées, pour récompenser des services qui pourraient être rendus à la Société.
  7. La Société est administrée par un conseil composé de cinq membres possédant au moins dix actions. Les administrateurs sont nommés pour cinq ans. Le renouvellement a lieu par cinquième d'année en année. Pour prendre part aux assemblées générales, il faut être porteur de 10 actions donnant droit à une voix. Un même actionnaire ne peut réunir plus de trois voix.
  8. Les assemblées générales ont pour objet :

            -d'entendre le rapport du Conseil d'Administration sur la situation,

            -de recevoir communication des comptes, de les discuter, de les approuver, s'il y a lieu,

            -de délibérer sur toutes les questions mises à l'ordre du jour par le Conseil d'Administration.

   Une délibération de l'assemblée générale du 26 juillet 1873, transforma la société dont il vient d'être question, en société anonyme dans les conditions de la loi de 1867. Elle prit la dénomination de : Société Anonyme des Mines de Meurchin. Le capital social est réduit de 3 millions à 2 millions de francs, montant des actions alors émises. Il sera divisé en 4000 actions de 500 francs par l'échange d' une action ancienne pour deux nouvelles. Les actions seront toutes nominatives. Le conseil d'administration sera composé de cinq membres qui devront posséder chacun au moins 20 actions. L'assemblée générale nomme trois Commissaires associés, chargés de faire un rapport sur les comptes. Tout propriétaire de 10 actions fait partie de l'assemblée générale. Dix actions donnent droit à une voix, sans que le même actionnaire puisse réunir plus de cinq voix. L'année sociale est arrêtée le 30 avril..

La Fosse N°1 de Meurchin vers 1910

La Fosse N°1 à Bauvin vers 1900

Cette ancienne fosse se trouvait à la limite des villes de Bauvin et meurchin

   Dès le mois de février 1855, la Compagnie Douaisienne avait entrepris des recherches pour démontrer l'existence du terrain houiller au nord des concessions alors instituées. Les compagnies propriétaires de ces concessions, Dourges, l'Escarpelle et Courrières s'étaient empressées d'ouvrir des sondages pour disputer à la Compagnie Douaisienne les terrains jusqu'alors négligés et sur lesquels on prévoyait l'existence de formation houillère.

   La compagnie Daquin était venue, à la fin de septembre 1856, établir un sondage N° 177, à Meurchin, alors que la Compagnie Douaisienne avait, depuis plus d'un an, découvert la houille à Ostricourt; alors, ainsi, que la Compagnie de Courrières avait fait la même découverte à Carvin. La Compagnie de Lens vint aussi, en 1857, installer deux sondages à Billy Berclau, en vue d'obtenir à titre d'extension de sa concession, une partie des terrains demandés par la Concession de Meurchin. D'un autre côté, la société "La Basséenne",  plus tard devenue la Compagnie de Carvin, la Société de Don, puis plus tard devenue la Société d'Houdain, installaient des sondages en concurrence avec ceux de la Compagne de Meurchin et sollicitaient la concession.

   Les Compagnies de Courrières et de Lens invoquaient une prétendue promesse faite par l'Administration de leur accorder tous les terrains vis-à-vis de leur concession, au nord comme au sud, où pourrait être constaté ultérieurement la présence de la formation de houillère.

    On ne sera donc pas surpris, en présence de ces nombreuses compétitions, que l'instruction de la demande de concession de la Société de Meurchin fut longue et laborieuse.

   Enfin parut un décret du 19 décembre 1860 qui instituait, en même temps que les concessions d'Ostricourt, de Carvin et d'Annoeulin, la concession de Meurchin en faveur de Messieurs Daquin, Engrand, Hurbier, Grenet de Florimond et Carpentier de Baillemont, agissant en leur qualité de membres du Conseil d'Administration de la Société Houillère dite de Meurchin..

   La superficie de cette concession était fixée par le décret à 1626 ha. - Plus tard, lors de l'institution de la Concession de Douvrin, le 18 mars 1863, il fut ajouté, à titre d'extension, 138 ha. - La superficie de la Concession de Meurchin est alors de 1767 ha.

 

En 1857, la Compagnie ouvre une première fosse, N° 184, sur le territoire de Meurchin, près du canal de la Deûle. Le niveau est passé avec une machine à traction puissante et fournit une quantité d'eau qui s'élève à certains moments, à 140 hl par minute. Elle atteint le terrain houiller à 130 mètres et, à peine y était-elle entrée, qu'elle traverse une première couche de houille de 1.10 ml d'épaisseur, inclinée à 10°. Elle traverse ensuite 102.15 m de terrain stérile et rencontre, à 232.15 m, une deuxième couche de houille de 1.10 m d'épaisseur. Cette fosse commence à produire en 1859 et l'exploitation s'y développe successivement de manière à fournir :

en 1859 4 512 tonnes
en 1860 38 708 tonnes
en 1861 40 650 tonnes
en 1862 44 605 tonnes

   En 1857, la Compagnie avait ouvert une fosse N° **** sur le territoire de Carvin, en vue de se constituer des droits à l'obtention de la concession de cette portion de terrains qui lui était disputés par la Compagnie de Carvin. Cette fosse fut bientôt abandonnée à la profondeur de 14.80 ml et elle n'a pas été reprise. Déduction faite du prix de revente du terrain, il y fut dépensé 19 110. 57 F.

    La fosse N° 2, N° 185, fut ouverte en 1864, à l'est du N° 1. Sa position avait été déterminée par les deux sondages N° 178 et 18 qui avaient rencontré le terrain houiller et la houille.

    Le creusement de cette fosse à travers les nappes aquifères de la craie n'offrit rien de particulier. Elle atteignit le terrain houiller à 132.50 m et son approfondissement fut poursuivi jusqu'à 185 mètres sans présenter d'autres caractères saillants que la rencontre de schistes noirâtres et très siliceux, connus sous le nom de phtanites   . De 185 à 190 mètres, les schistes sont mélangés de rognons de calcaire et, à cette dernière profondeur, un banc de calcaire de 0.20 m d'épaisseur est traversé. On retombe ensuite dans des schistes calcareux, puis on atteint, à 194 ml, une première veine irrégulière de houille de 0.60 m puis, à 203 m, une deuxième veine, également irrégulière de 0.50 m ayant leur pendage au nord-est. A 213 m, la nature du terrain se modifie; une partie de la fosse se trouve dans des terrains bouleversés, sans consistance ; l'autre partie continue à traverser les assises plus irrégulières de schistes noirâtres. On constate que la partie bouleversée est une faille presque verticale ; l'approfondissement présente de grandes difficultés d'exécution par la suite du peu de stabilité du terrain.

    A 240 m, on établit deux accrochages après avoir achevé le goyau et le guidage pour les cages sur toute la hauteur de puits. Celui du sud traverse la faille et atteint le calcaire. C'est alors qu'une venue d'eau chaude à 35°C se déclare à quatre mètres au-dessus de l'accrochage. Elle est de 1000 hectolitres en 24 heures. On poursuit les bowettes. Celle du nord-ouest rencontre des schistes mélangés de pyrite ou phtanites, puis les deux petites veines rencontrées dans la fosse. Celle du sud-est se poursuit en même temps, lorsqu'à 15 m de l'accrochage, une nouvelle venue d'eau, à la température de 40°C se déclare. A l'origine, de 1500 hectolitres par 24 heures, elle augmente d'une manière tellement rapide par l'agrandissement de l'ouverture qui lui donne passage, qu'elle arrive au chiffre de 20 000 hectolitres par jour et envahit bientôt toutes les galeries et la fosse. On tente un épuisement par tonneaux qui s'élève à 8 000 hectolitres par 24 heures, mais les eaux ne baissent pas au dessous de 65 m. On abandonne la fosse.

    Ces renseignements qui précèdent sont extraits d'un rapport demandé par la Compagnie de Meurchin à MM de Bracquemont et de Clercq, sur la résolution à prendre au sujet de cette fosse. En motivant leur avis sur ce qu'elle ne présentait aucune ressource en profondeur et qu'elle devait atteidre le calcaire très rapidement, ils conseillèrent de l'abandonner. Le conseil fut suivi et les 351 936.5 F investis furent entièrement perdus.

    Empéchée par la nature d'arracher la houille aux entrailles de la terre, la Compagnie des Mines de Meurchin va tenter d'utiliser ce que ladite nature semble lui proposer en compensation. Une série d'expérimentations sera entreprise afin de voir en quelles conditions on pourrait faire de la fosse 2 un établissement thermal.

    L'eau rencontrée est à une température de 40 à 42°C à 200 mètres; à 9 mètres au dessous du sol, niveau où elle se maintient, elle est encore à 26°C.

En 1870, une analyse, faite à l'École des Mines, en donne la composition suivante : en gr/l - gramme(s) par litre

acide sulfhydrique 0,031 
acide carbonique libre ou combiné 0,369
chlorure de potassium et de sodium 1,460
sulfate de soude, de chaux et de magnésie 1,848
carbonate de chaux et de magnésie 0,172
silice et peroxyde de fer 0,027
soit un total de 3,907 grammes de sels minéraux par litre.

   Elle contient 0,028 à 0,031 gramme d'hydrogène sulfuré. C'est une des eaux les plus sulfureuses que l'on connaisse. Elle vient immédiatement après Enghien qui en renferme 0,038. Les autres eaux sulfureuses en tiennent une proportion bien plus faible : Bagnière-de-Luchon (0,024) - Aix-les-Bains (0,018) - Barèges (0,013) - Aix-la-Chapelle et Eaux-Bonnes (0,009). Elle ne s'altère presque pas. Une bouteille en verre vert, remplie de cette eau à 0,029 gr d'hydrogène sulfuré par litre, conservée à la lumière pendant 15 jours, en présentait encore 0,027, tandis que celle d'Enghien en perd presque la moitié en trois jours.

   On a employé l'eau de Meurchin dans les environs comme eau minérale. Le Ministre du Commerce et de l'Industrie en a autorisé l'exploitation sur un rapport de l'Académie de Médecine.

   Grâce à plusieurs sondages effectués au nord de la fosse, on a constaté qu'il existait dans le calcaire carbonifère, en contact avec le terrain houiller, des sources sulfureuses très abondantes.

  Une note due à Monsieur Thiry, ingénieur-inspecteur de la Compagnie de Meurchin complète ce qui a été dit ci-dessus. 

   <<Dès que la première émotion causée par la perte du puits fut calmée, la Compagnie s'occupa de la possibilité de reprendre les travaux. Messieurs de Clercq et de Bracquemont, consultés, ayant conseillé à la Société d'abandonner la fosse, on ne songea plus qu'à utiliser les propriétés sulfureuses de l'eau qui avait fait irruption dans les travaux.

   Par un arrêté ministériel du 25 mars 1872, la Société est autorisée à exploiter pour l'usage médical et à livrer au Public l'eau de la fosse 2. Quelques bouteilles sont livrées au Public, au prix de 0.60 F, par l'entremise de M. Lemaire, pharmacien à Béthune. L'eau était toujours puisée à l'aide de bouteilles vides fortement bouchées, descendues à l'aide d'un poids dans le puits. La pression fait passer le bouchon dans la bouteille qui se remplit et, à la remonte, le bouchon vient de lui-même se placer au goulot. Cette méthode faisait perdre une partie des principes gazeux de l'eau. On construit alors un petit tonnelet très solide, en chêne, sans ferrure ; on l'entoure d'une épaisse couche de gutta-percha, on ménage dans cette couche une soupape conique fixée à une tige métallique entourée de gutta-percha et, à cette tige, on suspend une charge de plomb calculée de manière à permettre à la soupape de se lever à la profondeur de 240 mètres. Un robinet en nickel permet la vidange dans les bouteilles. On remonte ainsi de l'eau très chargée de gaz, sous une pression relativement élevée. Si au lieu d'un robinet de vidange, on avait adapté au tonnelet l'appareil servant au remplissage des bouteilles d'eau de Seltz, on aurait eu de l'eau sous pression dans les bouteilles.

   La Société reculant devant les frais de première installation de piscines ou de baignoires, adresse le 12 novembre 1873, à Monsieur le Ministre de la Guerre, une pétition à l'effet d'obtenir que les Eaux de Meurchin soient désignées comme devant servir au traitement, aux frais de l'État, des anciens Militaires et Marins du Nord de la France dont les blessures et infirmités nécessiteraient l'emploi de l'eau sulfureuse. Si l'expérience démontrait que l'usage de ces Eaux était lucratif, il y avait des chances pour que la Fosse N° 2 devint le siège d'une station de bains sulfureux.

   Avant de donner suite à la demande des Mines de Meurchin, le Conseil de Santé des Armées fit faire l'expérimentation de l'eau à l'Hôpital Militaire de Lille, à celui du Val de Grâce et à celui du Gros-Caillou ; trois cents bouteilles furent envoyées à ces trois établissements.

   Le 30 mai 1877, le Ministre de la Guerre fit connaître à la Société que l'expérimentation, faite dans les hôpitaux militaires cités ci-dessus, a permis de reconnaître que la composition de l'eau n'est point fixe, certaine bouteilles ayant donné à l'analyse une grande quantité de principes sulfureux, tandis que d'autres n'en contenaient pas du tout. En conséquence, le Conseil de Santé a émis l'avis que tant que le régime de cette eau ne serait pas mieux établi, il n'y aurait pas lieu d'introduire l'usage dans les hôpitaux militaires.>>

   On peut se demander si les moyens modernes de captage ne pourraient motiver une exploitation rentable des sources sulfureuses de Meurchin.

La Fosse N°6 de Meurchin à Carvin.

   Rapport dû à Monsieur Thiry, Ingénieur - Directeur des Mines de Meurchin

    Premier Puits

   Commencé à la fin de l'année en 1869 ; à la fin du mois de juillet 1870, on avait atteint la profondeur de 10.32 m avec une tour maçonnée de 5.36 m de diamètre, au travers d'une couche de sable de 9.80 m de hauteur. La base était dans des marnes divisées. Les constructions destinées à recevoir les machines de fonçage étaient terminées et les générateurs installés. On établit une machine d'épuisement de 200 chevaux et le 22 août commence l'approfondissement. On arrive à 11.84 m avec un premier tour de palplanches de 4.86 m de diamètre. Le sable filtrant encore, on pose un deuxième tour de 4.52 m de diamètre extérieur; on arrive ainsi à 14.36 m. Le revêtement refusant de descendre, on essaie d'approfondir avec des croisures. Un coup d'eau survient et déforme la partie inférieure du revêtement. En même temps les massifs des machines s'affaissent. On applique le système de cuvelage descendant avec trousse coupante. L'appareil complet présente un diamètre de 3.91 m. On arrive par ce moyen à 21.38 m sans pouvoir dépasser cette profondeur; le cuvelage ne descend plus et l'épuisement, qui n'est pourtant que de 8.400 litres par minute, produit des affouillements des marnes qui déforment les trousses. Le 15 janvier 1872, on arrête les travaux et on prépare l'installation du procédé Chaudron. Diamètre des anneaux : 3.45 m. Diamètre intérieur aux collets : 3.20 m. On commence à marcher le 18 juillet 1872. Les dépenses de fonçage jusqu'à la profondeur de 20.38 m se sont élevées à 151 517.18 francs. Le sondage central de 1.37 m de diamètre arrive le 20 août à 51.15 m ; le 21, on commence la mise au grand diamètre de 3.88 m. On avance de deux mètres en quelques heures, mais on reconnaît que les parois du puits s'ébranlent et que les constructions autour de ce dernier s'affaissent visiblement. On descend un tube en fonte de 7.50 m de hauteur, tranchant à la base et présentant un diamètre extérieur de 3.88 m. On en réduit le trépan à 3.78 m (l'épaisseur du tube était de 0.04 m). Le tube s'arrête à 26.70 m. On continue le creusement jusqu'à 32.10 m et on reprend le puits central. Pendant ce travail, on reconnaît que le tube continue son mouvement de descente, et on constate, par un gabarit, que le sommet du tube est arrivé à 22.85 m laissant un vide de 1.47 m entre l'ancien cuvelage et lui-même. Il ne paraît pas se produire d'éboulement mais la situation est grave. Monsieur Chaudron décide qu'un second tube, de même diamètre que le premier, sera descendu et mis, autant que possible, à juxtaposition avec lui : on le munit de barres de suspension pour l'empêcher de découvrir la base du cuvelage en bois, le cas échéant, c'est-à-dire si la descente simultanée des deux tubes venait à se produire. La hauteur est fixée à 4.50 m, de manière à porter la base de la colonne à 32.85 m. Ce nouveau tube est descendu le 29 mars 1873 et son poids s'ajoutant au premier. Le puits central est terminé le 7 mai à 90 m et le puits définitif le 19 juillet à 81.50 m; profondeur à laquelle on doit poser la boîte à mousse. On constate à la fin de ce travail : que le tube supérieur a son bord supérieur à 20.32 m, à 1.06 m au-dessus de l'ancien cuvelage et que le tube inférieur a sa base à 32.66 m. Il résulte de ses chiffres qu'un vide de 0.36 m existe entre les deux tubes de 24.88 et 25.24 m. On commence le 2 août la descente du cuvelage et le 25, l'opération est terminée et réussie, car la colonne d'équilibre ne donne pas d'eau. On commence le creusement à niveau vide le 29 janvier 1874. On atteint le terrain houiller à 127.60 m ; à 167 m on recoupe une veine de 0.60 m et à 205 m une veine de 1.10 m, mais le terrain est irrégulier. Néanmoins, on arrête le creusement à 251.85 m, le 18 mai 1875 pour commencer les travaux d'exploration par deux étages établis à 170 mètres et 206 mètres. Ces travaux ne furent pas heureux et ce n'est qu'à 500 mètres du puits que l'on reconnut des terrains irréguliers à l'approche des couches de la fosse 1.

Deuxième Puits

    Le creusement du deuxième puits a été motivé par l'impossibilité d'établir l'extraction, aérage et voire même l'épuisement dans un diamètre de 3.20 m. On lui donne comme au premier un diamètre de 3.20 m et on l'établit à 35 m d'axe en axe du premier puits, afin d'éviter, si c'est possible, les terrains désagrégés que l'épuisement du premier puits a dû former autour de lui ; on veut aussi prévenir les accidents qui pourraient résulter d' éboulement survenant dans le creusement. Les travaux commencent le 1er septembre 1873, aussitôt après la descente du cuvelage du puits N°1. On établit une tour fixe de 7.50 m de diamètre intérieur et de 2 m de hauteur, reposant sur le sable. On creuse à l'intérieur dans les sables à l'aide de palplanches successives : on atteint ainsi la profondeur de 5.05 m et on établit une deuxième tour fixe de 4.56 m de diamètre intérieur.

La Taille

  On continue le creusement à l'aide des trépans et en enfonçant les tubes successifs. Un premier tube arrive à 8.70 m, un deuxième à 14.60 m, un troisième à 20.65 m, un quatrième à 24.50 m et un cinquième à 29.90 m. A partir du premier tube, aucun éboulement ne fut constaté et le cuvelage était terminé et bétonné le 30 avril 1875. On entreprend le creusement à niveau vide le 28 juillet de la même année et on termine à 210.30 m. Pendant la descente du tube, un accident d'un genre particulier arrête le travail ; le deuxième tube s'arrête à 14.60 m par suite de la rupture de l'une des pièces de la partie inférieure, après avoir essayé de retirer le morceau à l'aide des outils Chaudron, mais sans succès, on tente l'application de l'appareil "Rouquayrol-Denayrouse". Un plongeur descend dans le puits mais le mouvement de l'eau en trouble la limpidité et il ne eut se servir de la lampe ; il en est réduit à essayer d'accrocher la pièce brisée mais, l'attache étant mal faite, elle cède au moindre effort. En présence de cet insuccès, on essaie de loger le morceau cassé dans la paroi, en battant le trépan, et on y arrive. On descend ensuite le troisième tube. Au 30 avril 1879, il avait été dépensé pour le creusement des deux puits (non compris les terrains, bâtiments, machines) : 1 197 352.37 francs.

Le Briquet

     Par une pétition en date du 4 octobre 1904, adressée à Monsieur le Préfet du Pas-de-Calais, la Société Anonyme des Mines de Meurchin a demandé l'autirisation d'ouvrir le puits N° 5. Il sera creusé sur le territoire de la commune de Billy-Berclau, au lieu dit "Les Bas" près du chemin de Billy-Berclau à Douvrin dans les parcelles N° 1137, 1138, 1139, 1140 et 1141 de la section B du plan cadastral de cette commune. Il servira uniquement à l"aérage et à la circulation du Personnel. Elle demande également d'établir un autre puits à l'intérieur du périmètre de sa cooncession. Ce puits portera le N° 6, il sera creusé sur le territoire de la commune de Carvin, au sud du chemin de Meurchin à Epinoy, au lieu dit "La Marlière" dans la parcelle N° 1138 du plan cadastral de la section F de ladite commune. Ces deux demandes furent acceptées le 26 octobre 1904.

     Les bâtiments de la fosse 6 furent transformés en ferme des Mines lorsque celle-ci arrêta en 1932.

     Pendant la guerre 1939-1945 on y éleva de nombreux cochons dont la viande était distribuée aux Mineurs.

     Derrière le N° 6, les mines avaient une briqueterie dont l'exploitation était confiée aux bons soins de Mr. Ernest Gévaert, puis à son fils, entrepreneurs à Meurchin. Cette briqueterie cesse toute activité en 1953 et est livrée à la démolition.

     Les puits 1, 3, 4 et 6 furent occupés du 6 octobre 1914 jusque fin octobre 1918.

     Les Charbonnages du Pas-de-Calais se sont trouvés, pour la plupart, dans la zone des opérations militaires pendant toute la durée de la guerre. Les Mines de Carvin, de Courrières, de Dourges, de Drocourt, de Lens, de Meurchin, de Liévin, d'Ostricourt, de Vimy et une partie des Mines de Béthune ont été envahies par l'ennemi qui a achevé l'oeuvre de destruction des obus, en saccageant les installations du jour et du fond.

     A l'arrivée des Allemands le 4 octobre 1914(?) tout travail d'exploitation ou d'entretien fut interdit dans les mines et, à partir du 6, les câbles furent coupés, les échelles détruites, les berlines précipitées au fond du puits, les organes essentiels des machines dynamités.

     Sous le prétexte d'une liaison possible avec les pays non occupés, les Allemands prirent à ce moment la décision de noyer les travaux souterrains. Des spécialistes venus du bassin de la Ruhr déterminèrent, à l'aide des coupes de puits dans les archives des Sociétés, en quels points il fallait attaquer les cuvelages. Les brèches exécutées par les Allemands dans les cuvelages avaient mis les travaux souterrains en communication avec la nappe aquifère et le mouvement des eaux ne s'était arrêté qu'au moment où le niveau était le même dans le puits et les terrains environnants.

     Les puits 1, 3, 4, 5 et 6 des Mines de Meurchin furent occupés du 6 octobre 1914 jusque fin octobre 1918. Les puits 3 et 5 reçurent les 6 et 7 octobre 1914 quelques obus au cours d'un combat qui se livra sur le canal de la Deûle. Quelques jours après les Allemands coupèrent les câbles d'extraction. Dans le courant de 1915, ils essayèrent de noyer les travaux du fond en amenant les eaux du marais de Wingles. Ils échouèrent à cause des éboulements de sable qui se produisirent.

     Le 3 janvier 1916, ils firent sauter le cuvelage du puits N° 3 ; les effets de l'explosion furent foudroyants et une colonne de poussière noire sortit du puits. Les bâtiments du moulinage disparurent complètement dans un entonnoir de 50 mètres de diamètre qui se forma à la tête du puits ; le chevalement s'abattit d'une seule pièce en moins de cinq minutes et le campanile tomba sur le plancher du triage. En dehors de cet entonnoir, le sol du carreau s'inclina légèrement vers le puits, le bâtiment de la machine d'extraction s'écroula ; ce qui restait s'inclina sur les bords de l'entonnoir.

     Les bâtiments de la fosse 4 s'écroulèrent en partie et se lézardèrent en s'inclinant, eux aussi, vers l'entonnoir. Enfin, l'explosion détermina l'incendie du triage de la fosse 3. L'accès au carreau fut interdit au personnel de la mine, depuis ce jour jusqu'à la fin de l'Occupation. C'est surtout vers la fin de celle-ci que les fosses souffrirent du bombardement. Tout ce qui restait, au jour de l'Armistice le 11 novembre 1918, dut être rasé ; quant aux travaux du fond, ils étaient complètement noyés.

     On décida de constituer autour de chaque puits, avant de commencer le pompage, un anneau de terrain cimenté, interdisant, dans la plus grande mesure possible, la communication des brèches avec la nappe aquifère. Les cuvelages furent réparés au moment où la baisse des eaux le permit et le dénoyage put enfin être envisagé et poursuivi comme la vidange d'une cuvette qui contenait une quantité d'eau indéterminée.

     Ces travaux furent exécutés, pour le compte de l'État, par la Société Civile de Dénoyage qui passa, à cet effet, un contrat en date du 5 février 1920. Cette Société fixa l'ordre des opérations à entreprendre dans l'ensemble des concessions et en assura l'exécution sous le contrôle du Service des Mines. Elle répartit le matériel de dénoyage mis à sa disposition par l'État et en approvisionna le complément. Elle fit choix des Entrepreneurs qui purent être, dans certains cas, les compagnies minières et passa avec eux les contrats nécessaires.

     Quand les Mines de Lens commencèrent le dénoyage de leurs fosses, à l'aide de pompes spéciales, en octobre 1920, les eaux baissèrent en même temps dans les puits de la concession de Meurchin, ce qui permit de constater, à la fosse 3, que les 11 premiers anneaux du cuvelage étaient intacts, que les 12 ème et 13 ème anneaux présentaient des cassures verticales et étaient déformés, qu'au dessous il y avait une brèche de 1.30 m de hauteur sur toute la circonférence du puits (soit à 26 m de profondeur à partir du jour).

     Par cette brèche, les eaux du niveau passèrent en trombe, entraînant les marnes et les sables ; les tubes, trousses et tours qui, jusque là, étaient en équilibre dans les eaux du niveau heurtèrent comme un bélier le cuvelage qui se brisa en morceaux sur la hauteur de trois anneaux (4.50 m) et disparut au fond du puits. Le cuvelage, au dessus de la brèche, n'étant plus soutenu, descendit d'une seule pièce de 3.20 m en s'inclinant de 0.44 m environ vers l'est. La réparation de ce puits fut, de ce fait, longue et très difficile et demanda trois ans de travail.

     Au N° 4, on constata qu'une brèche avait été faite au burin dans le cuvelage, à quelques mètres du jour. En partant de cette brèche, une galerie de 8 mètres de long s'avançait dans la partie supérieure des sables, mais ceux-ci s'éboulant, empêchèrent de continuer le travail. (Extrait d'un rapport adressé à l'Ingénieur des Mines.

     Le puits N° 5 rempli d'eau en 1914 fut dénoyé en 1920. Il fut porté au diamètre de 4 mètres et continua de servir à la descente des ouvriers. On cessa de l'utiliser en 1937. L'année suivante, la Société fit enlever la voie ferrée reliant ce puits au N° 3 et 4. Les charbons détachés dans ce passage furent remontés directement par la fosse 7 de Lens, située sur le territoire de Wingles.

     En 1937, le puits N° 1 cessa son activité. Les ouvriers de ce puits furent affectés aux N° 3 et 4, tandis qu'une partie de ceux travaillant aux 3 et 4 furent affectés à la fosse 7.

     En novembre 1932, les Mines de Meurchin fusionnèrent avec les Mines de Lens ; la couche de charbon non exploitée entre les deux concessions fut extraite dès que possible, ce qui produisit un affaissement accentué.

     L'accident survint à la fosse N° 1 vers 9 heures du soir. Quatorze ouvriers remontaient dans une cage ; à 12 mètres au-dessus de l'accrochage de 220 mètres (le puits avait 232 mètres et le puisard était à peu près plein d'eau), la patte du câble se rompt ; l'une des griffes du parachute fonctionne et se brise, l'autre glisse sur le guide et la retombe au puisard. Six ouvriers s'échappent à la nage ; les huit autres sont noyés ou tués dans la chute. L'enquête de l'Administration des Mines établit que la patte était en mauvais état et que la griffe du parachute qui n'avait pas fonctionné, était usée par le frottement. Il est bon de noter que la patte rompue fonctionnait depuis le matin. Le Parquet de Lille fit remonter la responsabilité de l'accident aux Agents chargés de la surveillance et de l'entretien des engins d'extraction et à l'Ingénieur. Celui-ci fut condamné à trois mois de prison, le Maître-porion à 20 jours et le Maître-forgeron qui avait posé la patte à 15 jours. Une partie des peines fut remise par la Commission des Grâces.

     Les salaires avaient été diminués de 10% en février 1877. Au mois d'août 1877, les ouvriers organisent une grève pour obtenir la remise des salaires à leur taux habituel : les rouleurs de charbon demandent l'augmentation qui leur est refusée ; ils suspendent le travail. Les mineurs abatteurs de charbon descendus avant eux, comme d'habitude, travaillent jusqu'à ce que l'encombrement des chantiers les force à arrêter et ils remontent en refusant de rouler le produit ; les remblayeurs refusent de rouler le produit et ainsi de suite. La Compagnie maintient la réduction et après trois semaines de chômage, le travail reprend. Mais au mois de novembre, le stock étant entièrement disparus, les ouvriers présentèrent de nouveau leur demande d'augmentation. Après trois jours de pourparlers, satisfaction leur fut donnée.

     La Compagnie de Meurchin avait établi, comme la presque totalité des Houillères du Nord et du Pas-de-Calais et sur les mêmes bases, une Caisse de Secours en faveur de ses ouvriers. Au cours de la grève de 1877, ceux-ci intentèrent un procès pour obtenir judiciairement la liquidation et le partage des fonds de ladite Caisse. Une assignation à comparaître devant le Tribunal de Lille, fut donnée au Président du Conseil d'Administration de la Compagnie des mines de Meurchin, par trois ouvriers mineurs, Lannoy, Ledin et Robasse.

     L'affaire vint devant le Tribunal Civil de Première Instance de Lille qui, à la date du 23 août 1878, rendit un jugement déboutant les demandeurs, dont voici le dispositif :

  • <<Attendu que la Caisse de Secours de la Compagnie de Meurchin formée non en vue d'un bénéfice à réaliser et à partager, mais pour subvenir aux besoins des ouvriers et de leurs familles, constitue une société particulière, laquelle n'est pas régie par les articles de 1832 et suivants du Code Civil, mais qui crée entre les membres un contrat synallagmatique les obligeant réciproquement à exécuter les engagements contractés par l'adhésion aux statuts.
  • Attendu que tout ouvrier, en entrant au service de la Compagnie, contracte l'engagement de subir, sur son salaire, une retenue de 3% au profit de la Caisse de Secours.
  • Que cet engagement est incompatible avec la demande de Lannoy et Ledin et à sa mise en liquidation, puisque cette dissolution aurait pour résultat de les libérer de leur obligation.
  • Que cette demande soit rejetée comme contraire au contrat qui fait la loi des parties.
  • Qu'elle doit l'être également comme étant en opposition avec le but de cette association définie ci-dessus et avec les principes généraux du droit qui ne permettrait le partage, entre les ouvriers actuels de Meurchin, des sommes versées par leurs prédécesseurs, pour un emploi déterminé.
  • Qu'il n'y a pas lieu, d'après ces motifs de rechercher, si la recevabilité d'une pareille demande n'exigerait pas, au préalable, la mise en cause de tous les intéressés>>               <<Le Tribunal>>
  • <<En donnant acte à Robasse de son désistement qui est accepté par les autres parties,
  • déboute Lannoy et Ledin de leur demande, les condamne aux dépens envers toutes les parties à l'exception de ceux relatifs à Robasse qui demeurent à la charge de ce dernier.>>
    • Signé : Félix le Roy et Fiévet.

 

 

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